Entretien avec Henri Brichart au Salon international de l’agriculture de Paris sur les dossiers phares du syndicat.

La FNSEA a un stand conséquent au salon international de l’agriculture de Paris, pourquoi est-ce important pour vous d’être présent à ce genre d’événement ?

Henri Brichart : Au moment où les agriculteurs se sentent de plus en plus incompris par la société, le SIA est un bon moment pour aller à la rencontre du grand public et de lui montrer les évolutions mises en place par la profession.  Contrairement au salon qui se déroulait auparavant à Villepinte et qui s’adressait principalement aux professionnels, celui-ci attire des personnes de tous les horizons, il est donc plus facile d’interagir avec les Français. Nous, agriculteurs, devons reconstruire un contrat avec la société pour que l’on puisse progresser ensemble. On nous fait part de beaucoup d’attentes comme d’utiliser moins de produits phytosanitaires. Grâce au SIA, nous pouvons exposer les contraintes liées à toutes ces demandes et montrer que des choses sont mises en place mais que cela prend du temps.  

En parlant des produits phytosanitaires, quels sont les gros dossiers d’actualités au sein du syndicat ?

H.B :  Il y en a trois qui concernent la France entière et un pour certaines zones d’agriculture, dont l’Ariège. En premier lieu, il y a la question des retraites. Le nouveau système proposé par le Gouvernement correspond à nos attentes pour les agriculteurs qui seront à la retraite dans les années à venir. Cependant, pour ceux qui le sont déjà, aucun changement n’est prévu. Nous sommes montés au créneau lors de la visite du président Emmanuel Macron au salon pour lui rappeler l’importance de cette question. Ensuite, bien entendu, il y a les questions liées aux zones de non-traitement et au bien-être animal. Nous faisons face à de plus en plus d’intrusions dans les exploitations et de violences envers les agriculteurs. C’est un gros problème aujourd’hui. Nous avons mis en place des systèmes de protections mais ce n’est pas assez. Quant aux ZNT, nous demandons que les arrêtés pris par le Gouvernement soient acceptables mais surtout que les chartes de bon voisinage qui vont être mises en place dans les différents départements soient protégées juridiquement. Si une décision a été prise par le préfet, elle ne doit pas être contrée par les citoyens. Le troisième gros sujet est la politique agricole commune, dite PAC, qui doit être renouvelée pour l’année 2021. Elle est au cœur de ce salon puisque le président a montré son mécontentement suite aux propositions de l’Union Européenne. Sur ce sujet, nous sentons que le Gouvernement est déterminé à aider les agriculteurs français. Enfin le sujet plus local mais non pas moins important aux vues de son expansion, c’est la prédation. L’État est dans l’incompréhension des réalités de terrain. Les prédateurs investissent de plus en plus le territoire et attaquent les troupeaux. Nous avons le sentiment que le Gouvernement écoute plus les associations environnementalistes que les agriculteurs sur ce sujet alors que nous sommes les premiers concernés.

Vous avez abordé la PAC, elle sera au cœur de votre intervention lors de l’assemblée générale départementale de la FDSEA de l’Ariège. Qu’allez-vous dire à ce sujet ?

H.B :  La PAC 2021-2027 a un défi double : être performante d’un point de vue économique et environnemental. Et elle ne pourra l’être qu’à trois conditions : que le budget alloué corresponde aux attentes du monde agricole, qu’elle garde son caractère commun à l’échelle européenne, c’est-à-dire que tous les pays aient les mêmes restrictions quant à l’utilisation de certains produits par exemple, mais elle doit aussi être une PAC économique, non pas sociale. Elle existe pour venir en aide à des entreprises agricoles et certains tenants de cette nouvelle PAC ne sont pas du tout en lien avec le travail par les agriculteurs. Dernièrement, nous avons beaucoup entendu parler de la simplification de la PAC pour les agriculteurs. Mais si nous regardons plus en profondeur, elle est simplifiée pour faciliter sa gestion par les administrations. Il est important pour nous d’être impliqués dans ce dossier, en particulier avec le lancement du débat public organisé par la commission nationale du débat public grâce auquel tous les citoyens pourront se prononcer sur le sujet de la PAC afin d’orienter Didier Guillaume dans ses demandes à l’Union Européenne.

Propos receuillis par C.L. pour la FDSEA de l’Ariège