Malgré des chiffres plus bas, les éleveurs restent très inquiets quant à la présence de l’ours dans les Pyrénées. Retour sur la saison 2020.

Comme chaque année, la direction départementale des territoires (DDT) a publié le 3 novembre le “bilan décadaire des dossiers de dommages de grands prédateurs” fait par l’Office français de la biodiversité (OFB) sur la période du 1e janvier au 31 octobre 2020.

La saison d’estive 2020 décompte 538 dossiers de dommages réalisés parmi lesquels 530 ont fait l’objet d’un traitement. Parmi les 530 traités, seuls 457 ont été reconnus comme imputés à l’ours par les agents de l’OFB soit 55 dossiers pour lesquels une prédation par l’ours a été écartée.

En l’absence de Cido systématique pour étudier ces dossiers refusés, seuls les éleveurs concernés par ces derniers peuvent s’opposer à la réponse de l’État dans l’espoir d’être entendus pour défendre leur dossier.

Retour sur une année particulière

La saison 2020 a débuté en mai par de nouvelles mesures d’effarouchement à l’essai dans le département avec en particulier un prolongement de la durée de dérogation d’effarouchement pour les estives prédatées en faisant la demande. Une nouvelle globalement bien acceptée des éleveurs bien que toujours insuffisante pour ces derniers.

Puis le mois de juin a commencé par la découverte d’un ours mort sur une estive de la commune d’Ustou, dans le Couserans. Une nouvelle qui a valu à l’Ariège de faire la Une des médias régionaux et de quelques médias nationaux. Une enquête a été lancée par le parquet de l’Ariège. Peu de jour après l’ouverture de celle-ci, il était annoncé que l’autopsie avait “apporté des informations balistiques importantes”. Pour autant, à ce jour, aucune autre avancée n’a été annoncée à la presse.

©Twitter/Elisabeth Borne

La mort de cet ours en Ariège a succédé à la mort de Cachou, un mâle retrouvé en avril en Catalogne espagnole. Après des mois d’enquête, un agent espagnol de l’environnement a été interpellé mi-novembre. Il serait soupçonné de l’avoir empoisonné.

Un mois de juillet éprouvant

Le mois de juillet a quant-à-lui été éprouvant pour les éleveurs et les bergers. Il a démarré avec le dérochement de 42 brebis à Ustou sont 16 d’entre elles sont restées bloquées en bordure de falaise pendant trois jours. Une opération de sauvetage a été lancée par les éleveurs le 3 juillet et s’est poursuivit le lendemain, jour du rassemblement organisé par Ariège ruralité sur le Port de Lers, intitulée “Journée pyrénéenne pour les libertés”.

Une fois l’opération de sauvetage terminée, les éleveurs et sauveteurs présents sur les lieux ont rejoint le Port de Lers pour témoigner leur tristesse. Sur les 16 brebis coincées sur la falaise, seules six ont pu être sauvées.

Des effaroucheurs compétents

Puis, le 6 juillet, la préfecture de l’Ariège a organisé une conférence de presse pour annoncer la signature de dérogations d’effarouchement dans le département mais surtout pour présenter la brigade ours de l’OFB, nouvellement dépêchée dans les montagnes ariégeoises.

Tous proviennent de la brigade loup créée il y a une dizaine d’année dans les Alpes. Tout au long de l’été, ils sont intervenus sur les estives les plus prédatées du département et en particulier sur celle d’Ustou où ils ont vécu une nuit très difficile du 15 au 16 juillet.

La bergère présente sur l’estive s’est en effet retrouvée face à une mère et deux petits avant l’arrivée des agents effaroucheurs. Terrorisée, elle s’est réfugiée derrière un rocher. Plus tard, dans la nuit, les agents de l’OFB ont également dû repousser une femelle et ses petits puis dans un second temps un mâle.

Le lendemain, la préfecture annonçait le déclanchement du protocole ours à problème. Une déclaration atténuée au cours d’une réunion et d’une conférence de presse s’étant tenues le 23 juillet. En effet, pendant la réunion avec les représentants de la profession, le directeur de l’OFB aurait déclaré qu’il n’y avait “pas de problème” sur cette estive, selon les élus présents.

Suites à ces événements importants, les attaques n’ont cessé de se succéder tout au long de l’été, au point que certains éleveurs ont décidé de redescendre leurs bêtes en prairie plus tôt que prévu.

Une baisse de morts

Bien que le nombre de dossiers réalisés et d’animaux morts ait baissé par rapport à 2019 – de 617 à 538 dossiers réalisés – il est important de prendre du recul sur ces chiffres. En effet, peu de dérochements ont été observés au cours de la saison ce qui est un soulagement pour les éleveurs. Pour autant le nombre d’attaque a fortement augmenté.

Source DDT de l’Ariège

Si l’on regarde proportionnellement certes il a eu au total 372 pertes de moins par rapport à l’année dernière mais seulement 79 dossiers de moins également. Les attaques ponctuelles d’ours sur une ou deux bêtes sans créer de dérochement ont été plus fréquentes. Et nous avons observé un plus grand nombre d’accidents de vaches ou de chevaux en montagnes mais ces derniers ont rarement été reconnus comme imputés à l’ours,” explique Sophie Alzieu, représentante du dossier ours au sein de la FDSEA.

Source DDT de l’Ariège

Des données qui continuent tout de même d’inquiéter les éleveurs transhumants ariégeois. En particulier lorsqu’ils savent que l’Adet a annoncé la naissance d’une sixième portée d’ours dans les Pyrénées début novembre ce qui porte à 55 le nombre d’ours officiellement recensés présents dans les montagnes du massif.

Un chiffre qui, selon les éleveurs ariégeois, est bien moins important que la réalité et qui risque d’augmenter de nouveau puisque les associations défenseuses des animaux ont demandé le 23 novembre la réintroduction de deux ours pour remplacer ceux étant morts pendant la saison.

Une demande qui peut être observée comme malvenue dans le contexte actuel où le monde entier se bat contre la crise sanitaire et n’a pas besoin de dépenser de l’argent public pour augmenter le nombre d’ours alors qu’il évoluera naturellement grâce à la reproduction.

C.L.