Philippe Lacube, Christine Téqui et Alain Servat ont adressé ensemble une lettre à Emmanuel Macron afin de lui exprimer leur mécontentement quant à la question de la prédation.

Alors que les attaques se succèdent sur les estives du département pour atteindre le nombre de 156 dossiers recensés par l’office français de la biodiversité (OFB) au 20 juillet, les élus du territoire ont souhaité envoyer une lettre à Emmanuel Macron.

En effet, Philippe Lacube, président de la chambre d’agriculture de l’Ariège, Christine Téqui, présidente du conseil départemental, et Alain Servat, président de la fédération pastorale de l’Ariège, ont souhaité lui faire remonter leur mécontentement quant à l’importance du nombre de prédations mais aussi quant au dossier Life Ours Pyr.

Même si l’on s’exprime un peu moins cette année, la situation n’en reste pas moins critique. Nous avons à ce jour autant de dossier d’attaque qu’en 2018. Pour autant à l’époque, on nous avait dit que nous subissions des attaques à cause de la non protection des estives. Aujourd’hui, elles sont protégées et pourtant elles restent prédatées”, développe Alain Servat

Une situation critique

La prédation se concentre principalement dans le Couserans et en particulier sur les estives d’Arrèou et d’Ourdouas qui sont toutes deux des estives pilotes en termes de protection et qui pour autant sont les plus attaquées.

Afin d’être indemnisés, les éleveurs doivent répondre à deux des trois conditions de protection de troupeaux proposés par l’État. Ces dernières sont le gardiennage du troupeau, son regroupement nocturne et la présence de Patous pour protéger les bêtes.

Cette ultime condition est à ce jour celle qui pose le plus de problèmes. “Les Patous sont élevés pour éloigner du troupeau toute personne n’étant pas un mouton, que ce soit un animal ou un être humain. Ce qui a mené à un certain nombre d’attaques de randonneurs en estive”, déplore Philippe Lacube.

Le tourisme en péril

Selon le président de la chambre d’agriculture, la crise sanitaire et les nombreux confinements ont poussé les français à se recentrer sur la nature ce qui mène à un engouement pour les randonnées par des personnes n’étant pas prévenus des risques qu’ils pouvaient encourir.

Ces attaques de Patous inquiètent particulièrement les professionnels du tourisme qui ne pensaient pas subir les répercussions de la prédation.

Nous avions prévenu ces derniers il y a des années de cela, au moment des réintroductions mais ils commencent seulement à s’en rendre compte, étaye Christine Téqui. C’est une problématique pour laquelle l’État a été alerté depuis longtemps également.

Il y a quelques semaines, la ministre du Tourisme autrichienne s’est exprimée concernant la prédation due au loup. Selon elle, il est nécessaire de faire un choix entre agriculture et prédation. Son choix est celui de l’agriculture qui apporte une économie et une attractivité au territoire.

Certains pays européens ont également fait le choix de l’ensauvagement sur une partie de leur territoire comme l’Italie où un parc dédié aux prédateurs a été créé. Ce dernier ne peut être approché à une certaine distance ou uniquement sous certaines conditions.

La question de l’Europe est d’ailleurs abordée dans le courrier envoyer par les élus locaux au président de la République par le biais du dossier Life Ours Pyr.

Nous sommes tous préoccupés par ce dossier depuis le mois d’avril. Cette demande de financement à l’échelle de l’Europe institutionalise la cohabitation entre l’homme et l’ours, sa réintroduction et la facilitation de ses déplacements. Tant d’arguments auxquels nous sommes foncièrement opposés”, ajoute Christine Téqui.

Une attente de réponse

Les trois élus ont donc demandé le retrait de ce dossier dans leur courrier : “Nous attendons de vous, Monsieur le Président, un engagement personnel et fort pour le retrait inconditionnel et définitif de ce dossier Life Ours Pyrénées”.

Ils ont également profité de cette lettre pour rappeler l’engagement pris par le président en janvier 2020 quant à l’arrêt de la réintroduction des ours et la mise en place de gouvernances locales pour respecter l’article 22 de la directive habitat établie en Europe.

Un engagement qui a ce jour n’a toujours pas été officialisé bien qu’aucun ours n’a été réintroduit depuis, malgré la mort de trois ours au cours de l’année passée.

Les élus attendent maintenant une réponse du chef de l’État en particulier face au silence de ses services à échelle régionale et départementale.

C.L.