Les syndicats FDSEA et Jeunes Agriculteurs ont convié Sylvie Feucher à visiter deux exploitations du département jeudi 4 novembre. La première en plaine, spécialisée dans les cultures, et la seconde dans les coteaux, un élevage de bovins lait désormais situé en zones vulnérable.

La journée de visites d’exploitations a démarré à Villeneuve-du-Paréage chez Nicolas Pujol, céréalier et membre du conseil d’administration de la FDSEA. À son arrivée, la préfète de l’Ariège, Sylvie Feucher, a rapidement abordé la manifestation qui s’est tenue trois jours plus tôt devant la DDT en disant avec amusement que la graisse n’était pas une obligation lors d’une manifestation. Puis, après un café d’accueil et une présentation de l’exploitation, les premières thématiques ont été abordées.

Les zones de non-traitement

Le choix de l’exploitation de Nicolas Pujol n’était pas anodin de la part des syndicats majoritaires. En effet, avec l’expansion urbaine, ce dernier est installé en plein milieu du village de Villeneuve-du-Paréage et bon nombre de ses parcelles sont encerclées de résidences donc soumises aux zones de non-traitement (ZNT) riverains.
Pour l’occasion, Nicolas Pujol avait imprimé des cartes satellite d’une partie de ses parcelles sur lesquelles il avait appliqué des bandes de non-traitement de différentes tailles, 5m, 20m et 50m (voir carte ci-dessous), afin de montrer à la préfète et à l’administration, représentée par Stéphane Defos, directeur de la direction départementale des territoires, et Anne Chêne, cheffe du service économie agricole, l’impact que pourrait avoir des ZNT sur son exploitation si celles-ci étaient appliquées selon les demandes de certaines associations environnementalistes.


Si une ZNT de 50m est appliquée sur ces trois îlots dont la surface totale est de 12,04 ha, je ne pourrais pas exploiter 48,5 % de celle-ci. C’est énorme et cela impacterait grandement mon exploitation si on le rationnalise à l’intégralité de la surface que je cultive”, expose le céréalier.
Une réalité qui a grandement étonné Sylvie Feucher.
Cela a donc mené les élus locaux à aborder la question de la charte départementale, remise en question par le conseil d’État. En effet, en mai, le conseil d’État a demandé à ce que les consultations publiques des chartes départementales soient refaites afin de consulter l’intégralité de la population française et non juste les personnes concernées afin de répondre aux attentes de la constitution.
Une consultation pour laquelle les syndicats ne sont pas contre mais qui les inquiète tout de même. “Nous comprenons que la consultation doive être refaite mais la question est de savoir ce qu’il en est des distances négociées car nous entrons en période de semi et si la charte est revue pendant la saison culturale, nous ne voulons pas être sanctionnés en raison d’un changement de distance”, développe Sébastien Durand, secrétaire général de la FDSEA.
À cette interrogation, Stéphane Defos s’est voulu rassurant : “Nous savons que vous avec un fonctionnement précis en lien avec les saisons culturales, si la charte venait à être cassée ou revue, nous prendrons en compte cette contrainte que vous avez. De plus, le temps que la charte n’est pas cassée, elle reste valable même si elle est de nouveau mise en consultation. Si les règles venaient à changer, ce ne serait que à l’issus de la nouvelle consultation publique ou si la charte est attaquée”.
Les céréaliers présents ont également soulevé que ces distances leur imposaient un travail supplémentaire, celui d’entretenir les bandes enherbées non semées ou traitées à proximité des résidences.
Nous broyons l’herbe de ces bandes trois à quatre fois par an pour que ce soit tout de même entretenu. Je pense que si je la laissais en friche, les voisins ne seraient pas contents mais ça nous demande quand même du temps en plus”, ajoute Nicolas Pujol.

Cartographie des points d’eau

Afin de poursuivre sur la thématique environnementale, les élus ont demandé à aborder la question de la cartographie des cours d’eau et l’application de zones de non-traitement à proximité des points d’eau.
Stéphane Defos a dont fait un bref résumé de la situation à la préfète et aux exploitants présents.
Nous avons travaillé pendant plusieurs années avec la profession et les associations environnementalistes sur la cartographie des cours d’eau dans le département. Puis nous nous sommes basés sur celle-ci pour appliquer l’arrêté de ZNT points d’eau. Cependant, ce dernier a été cassé par le tribunal administratif pour cause de “régression environnementale” car tous les points d’eau n’étaient pas compris dans l’application de ces distances. Un nouvel arrêté doit donc être publié d’ici la mi-novembre sur ce sujet”, explique le directeur.
À cela, Sébastien Durand a ajouté que ce n’était pas le fait de revoir cet arrêté qui posait problème au monde agricole mais le fait que toutes les associations environnementalistes avaient été consultées à ce sujet et avaient validé ce premier arrêté pour qu’au final, quelques années après, l’une d’entre elles le casse.
Les exploitants attendent donc avec impatience ce nouvel arrêté afin de savoir les distances qu’ils auront à respecter selon la typologie de cours d’eau qui se trouve à proximité de leurs parcelles avant les prochains semis.

Après avoir échangé sur ces sujets, l’ensemble des exploitants présents et la préfète se sont rendus à Saint-Victor-Rouzaud dans les coteaux, au Gaec de La Bante, tenu par la famille Laborde. Cette exploitation de bovins lait est située dans les coteaux et fait face à de nouveaux enjeux.

Diversification

Marc Laborde a d’abord présenté son exploitation puis sa famille. “Je suis actuellement associé à mon père, Gérard, et à ma mère, Odile, qui ont cette exploitation depuis des années maintenant. Lorsqu’ils vont partir à la retraite, mes enfants Delphine et Baptise prendront la relève et nous aurons trois familles à faire vivre sur l’exploitation. Mais à ce jour, notre production laitière ne nous permettra pas de tous nous faire vivre, surtout au prix du lait. Nous envisageons donc une diversification. Mon fils souhaiterait créer un cheptel de bovins viande avec des Aubracs et ma fille qui arrivera plus tard voudrait faire des ovins. Nous allons donc devoir réduire le cheptel de laitières, c’est un crève-cœur mais nous n’aurons pas le choix.
La question de la transformation du lait a donc été abordé par la préfète. “J’ai en effet pour projet de faire une licence spécialisée dans la transformation mais cela nous demandera des installations et du temps supplémentaire. Être éleveuse et transformatrice, ce sont deux métiers complètement différents et il faut avoir la certitude d’avoir des débouchés commerciaux derrière si nous faisons un tel investissement”, détaille Delphine Laborde.
De plus, l’exploitation est située en zone vulnérable cela signifie que ses associés devront répondre aux règlementations de ce territoire. “Soyons clairs, quand on est en zone vulnérable et que l’on doit installer une fumière couverte par exemple, cela représente des investissements non productifs et qui ne rapportent rien. Les situations des exploitations sont déjà compliquées dans les coteaux mais être en zone vulnérable c’est un coup de massue supplémentaire et de plus en plus d’agriculteurs seront découragés et abandonneront des espaces qui pourtant ont besoin d’être entretenus”, ajoute Sébastien Durand.
Ici, la famille Laborde fait au mieux pour être autonome en fourrages mais cela leur demande des charges de mécanisation beaucoup plus importantes qu’en plaine en raison de la typologie des terres qu’ils exploitent.

Éducation et gestion

Les deux enfants de Marc Laborde étant encore en études, Sylvie Feucher a souhaité aborder cette thématique avec eux et en particulier les enseignements liés à la gestion des exploitations. Tous deux ont été unanimes, ils apprennent des choses mais pas assez pour pouvoir tenir une exploitation correctement suite à leur installation.
Cette problématique a été relevée par tous les exploitants présents : “C’est vraiment quelque chose qui manque dans nos formations agricoles. Je sais que vous ne pouvez rien changer à échelle départementale mais le ministère doit le savoir. Les jeunes installés n’abordent pas assez cette question dans leur cursus et cela peut poser des problèmes par la suite. Un BTS analyse conduite et stratégie de l’entreprise agricole (ACSE) était proposé à Pamiers mais il a été fermé pourtant il abordait réellement toutes les problématiques de gestion que nous pouvons rencontrer au quotidien”, argumente Clémence Biard.
Une problématique que Sylvie Feucher prend particulièrement à cœur en raison de son intérêt pour l’éducation et l’avenir des jeunes générations.

Retrouvez les autres thématiques abordées autour de ces visites d’exploitation dans notre édition du 12 novembre 2021.

C.L. pour FDSEA et JA09