Dans le cadre du plan d’action ours brun 2018-2028, de nouvelles évolutions ont vu le jour pour l’année 2020 dans un arrêté ministériel actuellement en consultation publique jusqu’au 22 mai.

Depuis deux ans, les estives des Pyrénées sont régies par des mesures d’effarouchement en ce qui concerne la prédation liée à l’ours brun. Des mesures qui n’ont cependant pas prouvé leur efficacité.

En effet, en 2019, 738 attaques ont été recensées dans le massif selon le ministère de la Transition écologique et solidaire mais seulement 362 ont été indemnisées. Au total, cela représente
1.173 animaux tués et 36 ruches détruites. Selon le ministère “cinq dérochements d’ampleur, dont quatre en Ariège” ont marqué l’année.

Pour tenter de déminuer au mieux ces chiffres, de nouvelles mesures ont été proposées par le ministère de la Transition écologique et solidaire dans un nouvel arrêté.

Pour rappel, deux types de mesures d’effarouchement sont autorisées :

– les mesures d’effarouchement simple, à l’aide de moyens sonores, olfactifs et lumineux, qui représentent un premier niveau

– les mesures d’effarouchement renforcé qui se réalisent via des tirs non létaux et l’intervention de chiens adaptés, qui représentent un second niveau.

Jusqu’à l’année dernière, concernant le premier niveau, il était possible de demander une dérogation d’effarouchement, valable six mois, uniquement si l’estive avait subi au moins quatre attaques au cours des deux dernières années.

Des évolutions pour les demandes  de dérogations

Dès 2020, il sera désormais possible de faire une demande de dérogation à la préfecture si une attaque à lieu au cours de l’année N.

Pour le second niveau, les dérogations d’effarouchement n’étaient valables que deux mois et pouvaient être renouvelées sur demande par la préfecture. Désormais, dans un souci “d’allègement administratif”, les dérogations délivrées par le ou la préfète dureront au minimum six mois.

Cependant, elles peuvent être suspendues à tout moment si le compte rendu bimestriel n’est pas fait par le bénéficiaire ou si les conditions d’obtention de dérogation ne sont pas réunies (protection des troupeaux et regroupement nocturnes).

Les syndicats majoritaires FDSEA et JA avaient montré leur mécontentement lors de la mise en place des mesures d’effarouchement, inefficaces et inutiles selon eux.

Face à l’annonce de ces évolutions, qualifiées de “majeures” par le ministère, les deux syndicats restent toujours aussi sceptiques.

Les nouveautés perçues par les syndicats

Comparé à ce qui était en place l’an dernier, ces évolutions sont un moindre mal. Mais ce n’est pas avec les mesures d’effarouchement que l’on parviendra à gérer le problème de l’ours, loin de là,” développe Nicolas Mathe, ancien JA référent du dossier ours au cours du dernier mandat.

Il rappelle que les mesures de protections demandées par l’État ne peuvent s’appliquer que dans très peu d’estives du département. “Peut-être que ça aidera les éleveurs en capacité d’instaurer toutes les mesures de protection. Mais au final si un effarouchement est fait, il va uniquement déplacer le problème dans une autre estive.

Un avis partagé par la FDSEA. “L’an dernier les résultats de l’effarouchement se sont montrés peu probants. La population en cours continue d’augmenter ce qui annonce un été probablement très meurtrier,” explique Sophie Alzieu, référente du dossier ours à la FDSEA. Pour la plupart, les éleveurs ont la boule au ventre à l’idée de monter leurs animaux en estive au risque de ne pas redescendre avec l’entièreté du troupeau à l’automne. Il est vrai que cette année, les ours n’ont pas dormi longtemps. Des traces ont été relevées tard avant le début de l’hiver et très tôt au début du printemps. Mais le plus inquiétant est que ces traces sont souvent relevées proche des exploitations de montagne.

En plus de cette peur, la crise sanitaire que nous vivons n’a pas aidé. Tous les travaux d’études liés à la question de l’ours ont été mis en suspens, rien n’a avancé,” ajoute Sophie Alzieu.

En effet, le 14 janvier, une rencontre avait été organisée entre plusieurs éleveurs des Pyrénées et le président de la République. À l’époque plusieurs demandes ont été faites à ce dernier, en particulier la rédaction d’un écrit officiel stipulant la fin de la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées ou la mise en place d’un protocole d’extraction pour ours à problème.

Tant de demandes toujours sans réponse ni action de la part du Gouvernement à ce jour.

C.L.