Les syndicats majoritaires du département et la chambre d’agriculture ont tenu à expliquer les raisons du boycott de la réunion du groupe “pastoralisme et ours” au cours d’une conférence de presse le 2 juillet dernier.

Pour la troisième fois, les élus FDSEA, JA et la chambre d’agriculture ont pris la décision de ne pas se rendre à la réunion du groupe “pastoralisme et ours” organisée par Étienne Guyot, préfet de la région Occitanie.

Selon eux, pastoralisme et ours sont deux termes incompatibles. “Ce n’est pas que l’on ne veuille pas cohabiter avec l’ours mais on ne peut pas le faire,” argumente Sophie Alzieu, élue en charge du dossier ours à la FDSEA.

“En 2019, 1.600 bêtes ont été reconnues comme ayant été prédatées, 1.300 ne sont pas redescendues. Il y a quelques jours, 20 brebis sont décédées à cause de l’ours sur l’estive d’Ustou, 22 autres sont bloquées sur un pan de montagne (suite à une opération de sauvetage le 4 juillet, six ont pu être sauvées et 20 ont déroché par peur, ndlr). Et la saison vient seulement de commencer,” développe Élodie Amilhat, élue à la chambre d’agriculture de l’Ariège.

Un boycott régional

Les élus ariégeois n’étaient pas les seuls à organiser une conférence de presse devant la préfecture. En effet, ce point-presse a été organisé à l’échelle de la région Occitanie, dans sept communes différentes : Perpignan, Carcassonne, Toulouse, Argelès-Gazost, Oloron Sainte-Marie et Foix.

Leur principale revendication est d’inclure une gouvernance locale à ce groupe de travail. “C’était un sujet à l’ordre du jour de cette réunion. Mais il ne servait qu’à nous attirer autour de la table. Quel intérêt puisque l’on ne sera pas écouté,” précise Sophie Alzieu.
Pour rappel, lors d’une rencontre avec des professionnels à Pau, le 14 janvier dernier, le président de la République avait pris trois engagements “l’arrêt de la réintroduction des ours, la gestion des ours à problème et la création d’une nouvelle gouvernance plus locale”.

“Début juin, un ours a été abattu à Ustou. Nous déplorons cette mort. Mais jourd’hui, la directive habitat prévoit le remplacement de celui-ci. Les associations environnementales ont expressivement demandé son remplacement, la profession est contre. Nous ne sommes pas équipés efficacement face à l’ours,” défend Franck Watts, en charge du dossier ours à la fédération nationale ovine (FNO).

Un remplacement en réflexion

Dans son compte rendu de réunion envoyé à la presse, la préfecture de région annonce : “Cette destruction d’un ours posera la question d’un éventuel remplacement ; ce point n’est pas tranché. Le cas échéant, cela ne contreviendrait pas à l’engagement du président de la République, puisqu’il ne s’agirait pas d’une réintroduction.”

Une annonce qui ne convient pas aux professionnels. “Les ours sont introduits par l’État mais ce dernier ne les gère pas. Désormais, nous devons faire face à des super prédateurs,” ajoute Franck Watts.

Interrogés sur leur participation aux réunions en cas de création d’une gouvernance locale, tous répondent qu’ils seront présents. “L’État nous a imposé l’ours sans jamais demander son avis à la population locale. Pour autant, c’est une obligation selon l’article 22 de la directive habitat établi par l’Union Européenne,” étaye Clémence Biard, présidente des Jeunes agriculteurs de l’Ariège.

Dans son compte rendu, Étienne Guyot écrit que : “pour consolider la dynamique de dialogue entre les acteurs, la gouvernance du groupe pastoralisme et ours a été élargie aux membres du comité de massif afin que l’ensemble des élus ou éleveurs intéressés puissent s’impliquer dans cette politique. Les préfets de département mettront aussi en place des groupes de terrains, dans lesquels ils associeront les acteurs concernés au plus près des territoires”. Les professionnels de leur côté attendent de voir cette annonce être développée pour reconsidérer ou non leur participation à ces réunions.

Des préjugés sur les indemnisations

Une autre question revient souvent “Puisque vous êtes indemnisés pour vos bêtes, pourquoi se plaindre ?” “Aujourd’hui, une brebis décédée dans une exploitation est indemnisée 50€, c’est à peine plus quand elles sont en estive”, explique Élodie Amilhat.
“Bien sûr qu’il y a une indemnisation, mais le préjudice moral des bergers et des éleveurs qui stressent tout l’été et ne dorment pas, l’élaboration génétique réalisée sur des années, tout ça n’est pas pris en compte”, renchéri Rémi Toulis, président de la FDSEA de l’Ariège.

C.L