Cette année encore, les rendements des céréales d’hiver n’étaient pas au rendez-vous. Entre le gel et la sécheresse du début d’été d’importantes pertes sont à déplorer par rapport au potentiel estimé en début de campagne.

Contrairement à l’an passé, les moissons des cultures d’hiver se sont terminées bien plus tôt en Ariège.

« C’est du jamais vu, explique Marc-Olivier Marchesi, responsable de région chez Arterris. Au 20 juillet, nous avions déjà tout fini. Mais avec des rendements décevants.« 

En effet, la coopérative enregistre une baisse de 20 à 30 % de ses rendements par rapport à la moyenne de ces cinq dernières années et ce pour toutes les cultures. Cette baisse s’explique principalement par la climatologie de mai et de juin où il n’y a eu que peu de précipitations.

« Sur notre territoire d’intervention, le gel a fait quelques dégâts par endroits mais c’est vraiment la chaleur et le manque de pluie qui ont eu le plus de conséquence sur les rendements. L’année 2022 flirt avec les années les plus basses de cette dernière décennie soit 2018 et 2020« , ajoute le responsable de région.

Tous à la même enseigne

Un constat également fait par Jean-Luc Ricard, directeur de la coopérative agricole de la plaine de l’Ariège (Capa). « En début de campagne, la collecte s’annonçait extraordinaire avec un potentiel énorme mais l’épisode de gel a tout d’abord hypothéqué la collecte, suivi par la canicule qui a accentué la perte de rendement« , précise-t-il.

Pour la Capa, les pertes s’élèvent environ à 30 % du rendement estimé à la mi-saison. Et ce pour le blé dur, le blé tendre, l’orge et le colza. De grandes disparités s’observent dans les rendements d’une parcelle à l’autre. « Pour autant, je pense que la date de semi et la précocité de la variété ont aussi beaucoup joué sur les résultats finaux« , étaye le directeur.

Du côté de la coopérative agricole des producteurs de la Lèze et de l’Arize (Capla), les pertes sont de l’ordre de 25 % sur le secteur de la Lèze et de 20 % pour l’Arize en particulier pour les blés améliorants. « Pour le colza, il est difficile à ce jour d’estimer les pertes car les surfaces semées étaient plus importantes que l’an passé« , développe Roger Flourac, responsable du service collecte et commercialisation du grain à la Capla.

Et la qualité ?

Quant à la qualité, elle varie selon les territoires. Pour Arterris, elle est qualifiée de moyenne par son responsable de région. « Les résultats en qualité sont très hétérogènes. Le critère sur lequel la variation est la plus importante est le poids spécifique (PS). Alors que la norme prévoit qu’un hectolitre de blé tendre meunier pèse 76 kg, cette année nous constatons des PS très en deçà. Cela signifie que les meuniers devront acheter une plus grande quantité de grains pour produire la même quantité de farine qu’habituellement« , argumente Marc-Olivier Marchesi.

De leur côté la Capa et la Capla désignent la qualité du blé tendre comme bonne alors que des problèmes ont été rencontrés quant au poids spécifique de l’orge.

Dans le secteur de la Lèze et de l’Arize, le manque de paille est tout de même estimé à 2.800 tonnes par rapport à 2021. « Ce manque va avoir une importance capitale pour les éleveurs du département. L’absence de paille s’ajoute aux problèmes de fourrage qu’ils rencontrent déjà. La paille espagnole a plus que doublée de prix entre 2021 et 2022. Alors qu’elle était à 45 € la tonne, elle est passée à 105 € cette année« , présente Roger Flourac.

Une inquiétude bien plus grande

Bien que les trois coopératives aient été globalement déçues par les récoltes des cultures d’hiver, ce qui les préoccupe le plus aujourd’hui, c’est l’avenir des cultures d’été.

« Pour ma part, je suis plus inquiet pour les espèces de printemps que celles d’automne. Beaucoup ont été semées en mai où le temps était sec et chaud ce qui, dès le départ, a impacté leur croissance. Et même dans les parcelles irriguées. La canicule a un fort impact sur les plantes. Par exemple au-dessus de 40°C, le pollen du maïs grille et par conséquence la fécondation est altérée et donc les rendements« , argumente Marc-Olivier Marchesi.

Une inquiétude qui se fait également ressentir à la Capla. « Pour les tournesols de notre secteur, par exemple, ceux semés tardivement risque de peu donner car ils sont déjà très secs. Pour les plus précoces, on peut espérer 17 à
20 quintaux par hectare contre 30 à 35 habituellement
« , hypothétise Roger Flourac.

« Les rendements attendus pour les maïs en sec , le sorgho , le soja et bien sûr le tournesol inquiètent grandement notre coopérative : en tournesol , il pourrait être divisé par deux, voir trois, déplore Jean-Luc Ricard. De plus, les semis de colza pour la prochaine campagne, prévus en cette mi-août, risquent d’être difficiles à faire en raison de la sécheresse.« 

De manière générale, pour les exploitants, qu’ils soient éleveurs ou céréaliers, les pertes économiques risquent d’être très importantes cette année à la fois en raison du climat mais également de la hausse globale des charges de fonctionnement de leur exploitation.

C.L.