Attaque d’un berger, dérochements à la chaîne, attaques quasi quotidiennes, le mois d’août a été synonyme d’anxiété pour les éleveurs transhumants ariégeois et en particulier pour ceux estivant dans le Couserans.

L’omniprésence des ours dans le Couserans est pointée du doigt depuis des années par les éleveurs. Une affirmation renforcée par les chiffres des attaques relevés début juillet avec pas moins de 31 attaques relevées dans la commune de Sentein au 8 juillet. Un chiffre qui a presque doublé pour atteindre le nombre de 55 attaques au 30 août.

Elle reste la commune la plus touchée avant Couflens, Bordes-Uchentein et Saint-Lary. C’est d’ailleurs cette dernière qui a été la plus médiatisée au cours du mois d’août en raison de l’attaque subie par un berger dans la nuit du 3 au 4 août.

Un drame évité

Pour la première fois depuis la réintroduction forcée des ours, un homme est devenu la cible d’un plantigrade. Alors à la poursuite de brebis, ce dernier s’est détournée des bêtes pour jeter son dévolu sur le berger qui essayait de l’éloigner du troupeau.

Heureusement pour lui, la cabane où il résidait ne se trouvait pas loin de là et il a donc pu s’y réfugier. Bien qu’un drame ait été évité, l’importance de cette situation n’a pas été négligée par les élus locaux.

Ainsi, le lundi 9 août au soir, la chambre d’agriculture a organisé une réunion de crise en présence des syndicats agricoles, de l’Aspap mais aussi du conseil départemental qui, depuis longtemps, partage le point de vue des professionnels sur la question de la prédation.

© Sylvain Denjean

Consciente de l’importance de cet événement, Sylvie Feucher, préfète de l’Ariège, s’est rendue à Saint-Lary le 19 août pour rencontrer les deux bergers s’occupant de l’estive de l’Estremaille ainsi que le président du groupement pastoral, celui de la fédération pastorale et d’autres représentants du monde agricole.

Elle entend rendre compte des propositions formulées au préfet de région coordonnateur du dossier dans le but “d’adapter les outils et les moyens mis à disposition du pastoralisme, dans les zones les plus soumises à la prédation”.

Pas de vacances pour les plantigrades

Le lendemain de l’attaque du berger, c’est l’estive de Taus-Espugues, à Arrien-en-Bethmale, qui a soulevé les inquiétudes avec le dérochement de 56 ovins pour lequel la raison de la mortalité a été qualifiée d’“indéterminée” par les services de l’État.

Au 30 août, 254 constats de dommages étaient recensés en Ariège sur le site Info-ours parmi lesquels 166 ont été avérés vrais par l’office français de la biodiversité (OFB), 28 sont toujours en cours d’expertise, 37 affichent une mortalité indéterminée et 23 sont décrétés comme étant faux.

Un chiffre conséquent en particulier lorsque l’on observe les bilans de dossiers de dommages de ces dernières années où le nombre de constats de dommages augmentait considérablement entre le 31 août et le 31 octobre, date de fin des recensements pour la saison.

Mais ce qui inquiète particulièrement les professionnels, c’est le manque de réaction des ours face à l’effarouchement. Selon les données recensées par l’Aspap et diffusées sur ses réseaux sociaux, les agents effaroucheurs de l’OFB ont effectué 11 tirs d’effarouchement dans la nuit du 24 au 25 août sur l’estive de Turguilla, à Ustou pour effrayer un ours mais ce dernier a tout de même attaqué quatre brebis qui ont été retrouvées le lendemain matin. De même dans les nuits qui ont suivi où six tirs ont été réalisés et trois brebis ont été prédatées.

À la même date, deux dérochements ont eu lieu, le premier, d’une vingtaine de brebis, sur la commune d’Ustou et le second sur la commune de Bonac-Irazein concernant sept juments.

Présentes sur l’estive d’Orle, sept juments ont déroché par peur du plantigrade selon les bergers. Quatre jours plus tard, le 29 août, les agents de l’État se sont rendus sur place pour réaliser un constat de dommage. Un déplacement très attendu par la profession en raison du faible nombre de dérochement d’équidés dans le département.

Ils ont cependant été fortement déçus de cette visite de l’État dont les agents sont, selon l’Aspap, montés “les mains dans les poches. Enfin presque, puis qu’ils ont tout simplement laissé leur chien dressé spécifiquement à la recherche d’indices (un Carélie) … à la maison”.

Un comportement interprété par l’association comme une volonté de “minimiser le nombre d’attaques : par économie bien sûr, mais surtout pour que le grand public ne sache jamais que de gros animaux – juments, vaches, veaux – périssent sous les griffes des ours”.

Les professionnels vont donc rester attentifs au dénouement de cette expertise mais aussi au reste de la saison qui, ils l’espèrent, cessera d’être meurtrière.

Foire de la Saint-Matthieu, quelles avancées ?

En réponse à la lettre du président de l’association de la Saint-Matthieu, Rémi Denjean, le conseil municipal de Val-de-Sos a publié le 30 août un communiqué dans lequel il s’exprime sur la foire de la Saint-Matthieu. Dans ce dernier, le conseil municipal rappelle son opposition à la réintroduction d’ours dans les Pyrénées et son soutien au pastoralisme et aux éleveurs face à la prédation. Pour autant, il a refusé de mettre à disposition du matériel et le personnel communal de Val-de-Sos pour le bon déroulement de la foire ovine qui se tiendra cette année à Auzat. Une décision qui ne ravit pas Rémi Denjean : “La réaction du conseil municipal montre qu’il n’a pas compris notre point de vue, cette décision n’a pas été prise à la légère. La foire n’est pas prête de revenir à Vicdessos suite à cette publication. Ce n’est pas une attaque personnelle contre la municipalité mais une décision commune aux éleveurs de ne laisser passer aucun faux-pas de la part des élus locaux en ce qui concerne de dossier de la prédation dans le département.

C.L.