Alors que la Transhumance vient d’être classée sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, elle est plus que jamais en danger dans nombre de nos massifs, et plus particulièrement ici en Ariège. En cause : la non gestion de la population d’ours en constant développement  et le mépris toujours de mise des agriculteurs et des gardiens de troupeaux.

 

Une candidature déposée par plusieurs pays européens

 

10 au total : Albanie, Andorre, Autriche, Croatie, Grèce, Italie, Luxembourg, Roumanie, Espagne, France. Les Pyrénées ont bien sûr participé aux différents travaux, centralisés par le CORAM.

 

La définition est la suivante :

La transhumance est un déplacement saisonnier de personnes et de leur bétail entre plusieurs régions géographiques ou climatiques. Chaque année, au printemps et à l’automne, des gardiens de troupeaux, hommes et femmes, organisent le déplacement de milliers d’animaux le long de sentiers pastoraux traditionnels. Ils conduisent les troupeaux à pied ou à cheval avec leurs chiens et, parfois, en compagnie de leurs familles. Pratique ancestrale, la transhumance découle d’une connaissance approfondie de l’environnement et implique des pratiques sociales et des rituels relatifs aux soins, à l’élevage et au dressage des animaux ainsi qu’à la gestion des ressources naturelles. Tout un système socioéconomique s’est développé autour de la transhumance, de la gastronomie à l’artisanat local en passant par les festivités marquant le début et la fin d’une saison. Les familles pratiquent et transmettent la transhumance depuis des générations en l’observant et en y participant. Les communautés qui vivent le long des itinéraires de transhumance jouent également un rôle important dans sa transmission, notamment en célébrant les passages des troupeaux et en organisant des fêtes. La pratique est également transmise dans des ateliers organisés par les communautés locales, les associations et les réseaux de gardiens et d’éleveurs, ainsi que dans des universités et des instituts de recherche. La transhumance contribue ainsi à l’inclusion sociale, au renforcement de l’identité culturelle et des liens entre les familles, les communautés et les territoires, tout en contrant les effets de l’exode rural.

 

Dans un communiqué, les Ministres du MASA et de la Culture indiquent que : « L’inscription de la transhumance permettra d’en reconnaître le rôle comme source de résilience sociale et économique ». Elle soutiendra également les politiques publiques visant à protéger cette pratique, par exemple du « risque de prédation par le loup », et « influencera les stratégies nationales de développement durable »

Peut-être va-t-on enfin reconnaître les intérêts écologiques, économiques, sociaux et culturel de nos systèmes agropastoraux, et nous permettre de les défendre comme il se doit !

 

Pendant ce temps là en France on fait des études….

 

En Juillet 2023, le rendu d’une mission de parangonnage sur les politiques publiques de l’ours brun a été publié. Il s’agissait, à la demande ministre de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire et la secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, de faire le bilan de mise en œuvre des recommandations des précédents rapports réalisés par les deux services et de réaliser un parangonnage sur trois thèmes : la dynamique de population et le suivi de l’espèce ; les méthodes d’intervention ; les mesures de protection mises en œuvre pour la protection des troupeaux et des ruchers. Le parangonnage consiste à comparer les situations dans différents pays : en Espagne (Asturies, Catalogne), en Italie (Trentin) et en France (Pyrénées).

 

De ce travail ont découlé 5 recommandations, entre autre sur plus de communication et de transparence, mais surtout de « préparer les Pyrénées à accueillir 350 ours à l’horizon de 30 ans » !!

En gros, les différentes comparaisons et la croissance de la population nous amèneraient à cette énorme effectif, et il est écrit que « les Pyrénées doivent s’y préparer »

Il est assez clair qu’ils ne recommandent à aucun moment de régulation de la population et qu’ «  avec l’augmentation du nombre d’ours et de son aire de présence, les questions de sécurité pourraient devenir au moins aussi importantes que celle des dégâts. »

 

 

Ce classement de la transhumance est une bonne nouvelle et une belle reconnaissance de notre façon de travailler, mais il apparaît que le combat n’est pas gagné pour autant, et les politiques publiques ne semblent pas vouloir aller dans notre sens !

 

En tant qu’éleveuse transhumante, il est évident que j’ai

le devoir de bien m’occuper des mes animaux,

le devoir de contribuer à l’entretien et la valorisation des espaces pastoraux,

le devoir de maintenir des pratiques ancestrales et vertueuses,

mais en aucun cas je n’ai le devoir d’accueillir 350 ours !!

 

S.A